Tag Archives: peintre belge

Michaël Borremans : L’étrangeté du sublime

10 Avr
The Angel

The Angel, Courtesy Zeno X Gallery Antwerp© Photographer Dirk Pauwels

On dit de lui qu’il est le plus talentueux de notre époque. Bozar présente une rétrospective consacrée au génial peintre et artiste conceptuel belge au travers d’une centaine de peintures, dessins et vidéos.

« Michaël Borremans nous propulse dans un espace où le temps a été annulé » commente le commissaire d’exposition Jeffrey Grove. Dans cet univers peuplé de personnages figés, passé, présent, futur n’ont plus aucun sens. Face à ses peintures, l’interrogation est de mise. Qui sont ces être humains aux allures d’automates portant le parfum de l’ambiguïté ? Aucun d’eux n’osent poser le regard sur nous, les yeux souvent baissés, parfois fermés, l’artiste aime à mettre en scène l’homme moderne, celui qui se croit libre mais qui au contraire est asservi par la société qu’il a lui-même créé. Vidés de toute humanité, les sujets deviennent des objets, des choses tristement subordonnées. Contradiction, spiritualisme, théâtralité et palette feutrée constituent la quintessence du travail de Borremans.

Bizarre vous avez dit bizarre? 

« The Avoider », une monumentale toile de plus que quatre mètres de haut ouvre la marche. Qualifiée de « christique » par l’artiste, l’œuvre représente un homme portant une tenue à la fois élégante (foulard de soie) et débraillée (pieds nus et sales), debout, perdu dans ses pensées. A cette drôle de scène s’ajoute la présence d’un mystérieux bâton de bois. Berger ou dandy? On l’ignore…Lui faisant suite, une série de petits et moyens formats dépeignant des personnages de dos ou de trois-quarts, empreint de sensualité révélant subtilement mais sensuellement une nuque ou comme dans « The Ear », une oreille blessée. « Sleeper » représente une petite fille assoupie, dont la beauté pâle et morbide suggère qu’elle a rendue l’âme. Dans « The Devil’s Dress », un homme nu et étendu à même le sol porte une robe rouge en carton. Par son intitulé évocateur, Borremans brouille encore une fois les pistes en nous amenant à focaliser sur l’aura diabolique se dégageant de cette robe à la matière peu conventionnelle. D’un point de vue technique, le coup de pinceau à brosse longue nous rappelle la pratique des grands maîtres notamment celle du grand Velasquez. Les sujets eux sont souvent inspirés directement d’Edouard Manet pour qui il voue une grande admiration. C’est après plus de quinze années passées à produire des œuvres que l’artiste prend conscience qu’il s’essouffle progressivement et n’arrive plus à créer dans cet atelier « hanté par les fantômes ». Borremans – en quête d’un second souffle – part en 2012 à la recherche d’un nouvel endroit et finit par investir une chapelle désaffectée. L’aspect sacré des lieux où il dit « s’adresser à la Vierge et à ses pinceaux pendant qu’il y peint » lui inspire une série de tableaux à l’iconographie chrétienne, comme en témoigne l’impressionnant « The Angel ». Mesurant plus de trois mètres de haut, un personnage androgyne représenté débout dans une belle longue robe rose, bras ballants, tête baissée et visage couvert de cirage noir, nous hypnotise tant par l’illogisme des éléments que par la facture picturale captivante de perfection. Oui, Michaël Borremans compte bien parmi les artistes vivant les plus brillants du 21ème siècle. Divinement hypnotique.

( article datant de 2014)

« Michaël Borremans. As sweet as it gets », Palais des Beaux-Arts, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 03 août 2014

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Farah Atassi: Génial peintre « moderne » du XXIè siècle

29 Mar

En solo show à la prestigieuse galerie « Michel Rein Bruxelles »,  la jeune peintre belge –  d’origine syrienne – surprend à travers des oeuvres détonantes et éblouissantes, en poussant toujours plus loin le souci d’une réflexion artistique en constante ébullition.

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 L’univers de Farah Atassi provoque une sorte de « familiarité inconnue ». Si il y a cette sensation troublante de « déjà-vu » c’est parce que la jeune peintre belge convoque sans complexe, de nombreuses références à l’histoire de l’art  moderne et à ses plus grands peintres . Face à ses œuvres, les connections à Picasso,  Léger, Matisse, Delaunay sont évidentes. L’histoire pourrait s’arrêter là. Une artiste qui s’inspire de ceux qui ont fait  l’art moderne. Mais le génie de Farah Atassi réside dans le fait qu’elle ne s’arrête justement pas là. En s’inspirant ouvertement du vocabulaire moderniste et du constructivisme russe, elle apporte à chaque nouvelle exposition une touche, une réflexion inédite. En 2011, c’est la découverte d’une théorie sur l’ornement comme point de départ de l’abstraction qui l’amène à insérer des formes folkloriques dans ses oeuvres, lui permettant ainsi de se « libérer d’un espace architectural devenu trop limité ». Trois ans plus tard, c’est la question cubiste qui l’intéresse et abandonne son travail sur la perspective illusionniste pour une recherche de surface plate.

Nous sommes en 2018. Que nous réserve cette fois la jeune étoile montante de sa génération ?

Le nu traité comme un objet

«  Je continue dans la même logique à explorer les grands sujets classiques de la peinture mais cette fois-ci avec une attention particulière au traitement du nu » avant de rajouter « j’avais vraiment envi de faire des figures et je me suis dis pourquoi m’en priver ? J’ai alors décidé de traiter ce sujet là comme les autres. Que je représente un visage ou un vase, il faut que ça soit la même chose. ». Pour mener à bien sa réflexion, elle s’intéresse de plus près à Picasso « qui avait une démarche totalement désacralisée et irrévérencieuse par rapport à la construction de la figure traitée comme un objet ». Après tout ne disait-il pas que « pour passer d’un objet à un sujet, il suffit de rajouter deux yeux et un nez » ? Pour Farah Atassi c’est justement cette frontière très mince entre l’objet et le sujet du nu qui l’intéresse. « C’est pour cette raison aussi que je me retrouve encore une fois dans la création des constructivistes car chez eux tout est traité au même niveau sans hiérarchie dans le sujet » avant de préciser qu’« en traitant mes nus comme des objets avec des formes géométriques et des lignes droites j’ai ce désir de représenter la figure humaine avec ces formes universelles ».

Musicalité picturale

A la nouveauté du nu, Farah Atassi nous régale avec l’apparition de la musique, thème très en vogue chez les peintres modernes. « J’ai longtemps travaillé sur la question de la vibration et de la circulation de la couleur, c’est donc très naturellement que je suis arrivée à la question musicale. Les instruments sont très agréables à peindre de par leur qualité graphique et répondent très bien à mes préoccupations chromatiques et compositionnelles. »

La couleur instinctive

Si l’artiste a souvent favorisé les couleurs primaires, elle casse ici ses habitudes en utilisant une gamme de couleur sans aucune limitation avec une préférence pour une palette  » arc-en-ciel ». Des couleurs vives, chaudes, contrastées et harmonieuses remplissent joyeusement des formes géométriques plus sérieuses. « Chez moi la couleur est une affaire instinctive. Je suis une peintre-coloriste et non une peintre-dessinatrice, c’est aussi pour cela que je peins au scotch. Mon inclinaison naturelle est bien plus proche de Matisse que de Picasso. »

Une exposition explosive et vibrante d’une grande Farah Atassi, muée en génial centaure artistique qui réussit un véritable tour de force en inventant une nouvelle forme d’art inédite. En bousculant avec malice les codes du passé, Farah Atassi nous projette dans un futur sensationnel et irrésistible. A ne rater sous aucun prétexte!

Farah Atassi, Solo Show, Michel Rein Bruxelles, jusqu’au 7 avril. michelrein.com

 

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