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Quand Bruxelles se met au diapason de la musique persane

4 Mar

Bruxelles est décidément une ville étonnante. Fraîchement débarquée dans la capitale belge, c’est par hasard que je découvris dans le programme culturel du quotidien Le Soir (le Mad), un concert dédié à la musique persane. Si le titre « Iran, Les Maîtres de l’Improvisation » ne m’évoquait rien de familier, il titilla fortement ma curiosité. C’est quelques petites recherches plus tard que je compris qu’il s’agissait de musique traditionnelle iranienne, composée de deux maîtres en la matière: Kayhan Kalhor  & Madjid Khaladj.

Il fallait donc ne pas rater cet évènement inédit. Inédit car on peut s’interroger sur l’étendue de notre connaissance à ce sujet: que savons nous vraiment de la musique iranienne? Quels sont ses rythmes, ses sons, ses instruments?  A l’exception de quelques connaisseurs, force est de constater que les réponses sont rares et  l’ignorance face à cet art bien réelle.

C’est donc impatiente et la tête remplie de questions que je me rendis le Vendredi 28 Janvier à L’espace Senghor où je découvris avec étonnement une salle pleine à craquer. Le public, joyeusement composé de belges, de français, d’américains mais surtout des membres de la communauté iranienne attendaient dans une ambiance bon enfant le début des festivités. Un peu plus tard, la salle plongea dans l’obscurité obligeant les brouhahas à se dissiper et les retardataires à se faufiler hâtivement entre les places.

C’est sur une scène illuminée de trois faisceaux de lumière bleutée et décorée de trois somptueux tapis persans, que Kayhan Kalhor, maître incontesté du Kamanchech (luth a archet) et Madjid Khaladj, percussionniste émérite, firent leur entrée sous un tonnerre d’applaudissement.

Le concert débuta par la délicatesse des cordes mélancoliques du Kamancheh joué par Kayhan Kalhor. Assis près de lui, le percussionniste, Madjid Khaladj, se laissait bercer au gré des notes de son compatriote.

Quelques minutes plus tard, le solo se transforma en duo avec les premières notes graves et sourdes du Tombak (sorte de djembe). L’improvisation des maîtres pouvait alors commencer.

La première partie fit clairement honneur à la douce mélodie orientale du Kamancheh, reléguant dans un premier temps  le Tombak à un rôle d’accompagnateur. C’est assis sur ses genoux que Kayhan Kalhor nous fit alors découvrir la beauté de ses notes venues d’ailleurs. Ne formant plus qu’un avec son instrument, le musicien nous offrit un moment de pure méditation. De son côté, Madjid Khaladj suivait paisiblement son camarade au rythme des battements sourds et solennels du tambour. Ensemble, ils nous invitèrent à écouter un récit, celui d’un Iran nostalgique, puisant ses origines à travers les vibrations déchirantes du violon et des résonances dramatiques du Tombak.

La deuxième partie s’annonca très différente. Différente d’abord, puisque la lascivité et la langueur orientales du début laissèrent place à un rythme énergique et tempétueux. Mais différente surtout, par la révélation d’un percussionniste hors du commun. Madjid Khaladj, délaissa son rôle de personnage secondaire pour jouer au côté de son alter ego, le rôle de tous les autres personnages. Si le savoir-faire de Kayan Kalhor continuait de nous hypnotiser , Madjid Khaladj nous réveilla soudainement de notre contemplation passive. Dans un rythme devenu frénétique, les battements des percussions se mirent à résonner dans une salle au public médusé d’admiration. Ce fut alors la découverte d’un répertoire aux mille et une sonorités.  Les doigts du virtuose se mirent à courir avec force et rapidité , faisant retentir les notes au dessus de nos têtes. Au roulement délirant du tambour répondait la vibration exaltée des cordes, passant indifféremment du grave à l’aigu. Alternant sans difficulté les rythmes aussi bien lascifs qu’endiablés, les deux hommes plongèrent l’audience dans l’Iran d’antan, celui des nomades et des traditions perdues.

Et puis, comme si notre envoûtement n’avait pas déjà été à son comble et comme si l’on croyait avoir fait le tour des notes, Madjid Khaladj  mit de côté le Tombak pour nous initier aux sons surprenants du Daf (tambour mystique sur cadre).

 Minute après minute, l’enchanteur nous fit voyager aux rythmes et aux sons définitivement mystiques du Daf, rappelant étrangement le bruit du vent balayant le sable du désert. Tour a tour, il enroula et glissa ses notes dans les cordes perçantes du Kamancheh pour nous transporter dans un Iran au folklore révolu.

 Et puis, la frénésie des rythmes s’estompa pour laisser place au calme poétique des débuts. Le son étouffé du Daf s’évapora dans l’air pour permettre à la plainte mélancolique du Kamancheh de reprendre le dessus. Si Madjid Kaladj semblait dans un premier temps écouter paisiblement son complice, il nous surprit une fois de plus, en portant à ses doigts un nouvel instrument: des Zang-é Saringoshti (cymbalettes à doigts).

 

Le tintement si délicat des cymbalettes associé à la douce mélodie des cordes orientales replongea le public dans la sérénité des débuts mais à la seule différence qu’elle annoncait la fin imminente du récit. Et puis, l’état de grâce fut atteint, lorsque sortie de nulle part, la voix de Kayhan Kalhor se mit à accompagner les instruments. La voix empreinte de gravité nous transporta dans un univers teinté d’une nostalgie si caractéristique de la musique iranienne. Le concert s’acheva sous les ovations d’un public debout et conquis.

Tout au long du concert, les deux musiciens ou plutôt les deux magiciens, ne cessèrent de nous surprendre. Dialoguant  l’un avec l’autre dans un respect absolu et avec une maîtrise à couper le souffle, Kayhan Kalhor et Madjid Kaladj nous proposèrent une gamme inimaginable de sons étrangers à nos oreilles occidentales.

L’espace Senghor offrit ainsi aux bruxellois un évènement inédit en programmant les Maîtres incontestés de la musique traditionnelle persane, dont le talent et le savoir-faire nous ont envôutés le temps d’une soirée, tout simplement magique.

 

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