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Art Brussels pour les gens pressés

20 Avr

 

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Ben Sledsens, « Rattenvangster », Tim Van Laere Gallery

Art Brussels fête ses cinquante ans ! Une édition anniversaire très réussie avec cent quarante sept galeries d’art en provenance de trente-deux pays, des projets sous forme d’expositions collectives et des prix pour récompenser le travail des artistes.

Pour ceux qui sont pressés, voici une sélection d’artistes et de projets qui ont retenus notre attention.

Belgian Art Prize

On regarde absolument la vidéo politique et poétique d’Otobong Nkanga, grande gagnante du Belgian Art Prize 2017. « In pursuit of bling » dénonce les conséquences de l’exploitation colonialiste et capitaliste qui ont transformé les ressources naturelles en objets de convoitise.

Prix du Solo Show

Au nombre de 22 les solos show de cette année étaient de haut niveau ( Alice Anderson à la Galerie Valérie Bach, Leen Voet chez Albert Baronian, Stelios Karamanolis chez Flatland, Sofie Muller chez Geukens & Vil, Romain Van Wissen chez Triangle Bleu etc.) finalement remporté par Nicolas Party ( chez Xavier Hufkens) avec trois magnifiques toiles bucoliques et japonisantes.

Projet Artistique

Il faut aller voir la sublime « Mystic Properties », exposition collective en collaboration avec le HISK ((Higher Institute for Fine Arts), curatée par la très dynamique Elena Sorokina, dans laquelle les artistes posent la question de l’appartenance de l’œuvre d’art en prenant comme point de départ, « L’Agneau mystique », le célèbre retable de Gand ayant été pendant des siècles un objet de convoitise. Coup de cœur ici pour « The Marriage of Heaven and Hell » de Joris Van de Moortel.

Chez les galeristes 

On adore le plasticien belge Pascal Bernier qui a remis au goût du jour la technique désuète de la taxidermie avec sa merveilleuse série à la fois caustique et émouvante «  Accident de chasse » . Françoise Pétrovitch (Semiose galerie) nous a ravit avec ses œuvres d’étrange matérialité que ce soit avec sa céramique « Peau d’Ane » ou ses peintures vous plongeant dans un profond état contemplatif à l’instar de ses personnages. A ne pas rater ses expositions à La Louvière qui débutent conjointement le 27 avril au Centre de la gravure et à Keramis. Côté urbain, on découvre avec enthousiasme le travail très organique de l’américain Ethan Greenbaum ( Super Dakota) qui se réapproprie les matériaux industriels récupérés lors de ses promenades pour en faire une réflexion sur les changements et les mutations de la Ville. On ne se lasse pas des amazones de la peintre belgo-iranienne Sanam Khatibi ( Rodolphe Janssen), des peintures aux paysages de loin idylliques de près somptueusement inquiétants tel un Jardin d’Eden inversé. Sophie Kuijken ( Nathalie Obadia) nous propose des portraits mystérieux et intriguants résultat d’un génial clash entre tradition ( flamande) et modernité dans lesquels les personnages sont crées grâce à une combinaison de plusieurs personnes. On fonce voir « Seated Woman » de la géniale peintre belge Farah Atassi (Michel Rein) qui réinvente d’une façon inédite les grands peintres du 20e siècle faisant d’elle LA peintre moderne du 21e siècle. Chez Félix Frachon, le nouveau de la bande, on découvre le travail délicat et scientifique de Nandita Kumar qui explore l’impact des nouvelles innovations technologiques sur la vie humaine en combinant vidéo et son. Le très jeune anglais Oli Epp ( Semiose galerie) dépeint sa vie quotidienne à travers ses œuvres avec humour et sarcasme. On aime ses têtes surdimensionnées dénuées de traits faciaux  et le jeu de l’illusion optique. Enfin, arrêtez vous devant le très parodique « Rattenvansger » du jeune artiste belge Ben Sledsens (Tim Van Laere Gallery) pour vous mettre le sourire aux lèvres, une dernière fois avant de partir.

 

 

Art Brussels, Tour & Taxis jusqu’au 22 avril 2018

 

Farah Atassi: Génial peintre « moderne » du XXIè siècle

29 Mar

En solo show à la prestigieuse galerie « Michel Rein Bruxelles »,  la jeune peintre belge –  d’origine syrienne – surprend à travers des oeuvres détonantes et éblouissantes, en poussant toujours plus loin le souci d’une réflexion artistique en constante ébullition.

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 L’univers de Farah Atassi provoque une sorte de « familiarité inconnue ». Si il y a cette sensation troublante de « déjà-vu » c’est parce que la jeune peintre belge convoque sans complexe, de nombreuses références à l’histoire de l’art  moderne et à ses plus grands peintres . Face à ses œuvres, les connections à Picasso,  Léger, Matisse, Delaunay sont évidentes. L’histoire pourrait s’arrêter là. Une artiste qui s’inspire de ceux qui ont fait  l’art moderne. Mais le génie de Farah Atassi réside dans le fait qu’elle ne s’arrête justement pas là. En s’inspirant ouvertement du vocabulaire moderniste et du constructivisme russe, elle apporte à chaque nouvelle exposition une touche, une réflexion inédite. En 2011, c’est la découverte d’une théorie sur l’ornement comme point de départ de l’abstraction qui l’amène à insérer des formes folkloriques dans ses oeuvres, lui permettant ainsi de se « libérer d’un espace architectural devenu trop limité ». Trois ans plus tard, c’est la question cubiste qui l’intéresse et abandonne son travail sur la perspective illusionniste pour une recherche de surface plate.

Nous sommes en 2018. Que nous réserve cette fois la jeune étoile montante de sa génération ?

Le nu traité comme un objet

«  Je continue dans la même logique à explorer les grands sujets classiques de la peinture mais cette fois-ci avec une attention particulière au traitement du nu » avant de rajouter « j’avais vraiment envi de faire des figures et je me suis dis pourquoi m’en priver ? J’ai alors décidé de traiter ce sujet là comme les autres. Que je représente un visage ou un vase, il faut que ça soit la même chose. ». Pour mener à bien sa réflexion, elle s’intéresse de plus près à Picasso « qui avait une démarche totalement désacralisée et irrévérencieuse par rapport à la construction de la figure traitée comme un objet ». Après tout ne disait-il pas que « pour passer d’un objet à un sujet, il suffit de rajouter deux yeux et un nez » ? Pour Farah Atassi c’est justement cette frontière très mince entre l’objet et le sujet du nu qui l’intéresse. « C’est pour cette raison aussi que je me retrouve encore une fois dans la création des constructivistes car chez eux tout est traité au même niveau sans hiérarchie dans le sujet » avant de préciser qu’« en traitant mes nus comme des objets avec des formes géométriques et des lignes droites j’ai ce désir de représenter la figure humaine avec ces formes universelles ».

Musicalité picturale

A la nouveauté du nu, Farah Atassi nous régale avec l’apparition de la musique, thème très en vogue chez les peintres modernes. « J’ai longtemps travaillé sur la question de la vibration et de la circulation de la couleur, c’est donc très naturellement que je suis arrivée à la question musicale. Les instruments sont très agréables à peindre de par leur qualité graphique et répondent très bien à mes préoccupations chromatiques et compositionnelles. »

La couleur instinctive

Si l’artiste a souvent favorisé les couleurs primaires, elle casse ici ses habitudes en utilisant une gamme de couleur sans aucune limitation avec une préférence pour une palette  » arc-en-ciel ». Des couleurs vives, chaudes, contrastées et harmonieuses remplissent joyeusement des formes géométriques plus sérieuses. « Chez moi la couleur est une affaire instinctive. Je suis une peintre-coloriste et non une peintre-dessinatrice, c’est aussi pour cela que je peins au scotch. Mon inclinaison naturelle est bien plus proche de Matisse que de Picasso. »

Une exposition explosive et vibrante d’une grande Farah Atassi, muée en génial centaure artistique qui réussit un véritable tour de force en inventant une nouvelle forme d’art inédite. En bousculant avec malice les codes du passé, Farah Atassi nous projette dans un futur sensationnel et irrésistible. A ne rater sous aucun prétexte!

Farah Atassi, Solo Show, Michel Rein Bruxelles, jusqu’au 7 avril. michelrein.com

 

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