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« Another Time » : un drame iranien de Nahid Hassanzadeh

4 Mai

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Elle, c’est Somayeh, une jeune iranienne de dix-sept ans.  Elle vient d’accoucher d’un bébé né hors mariage. C’est seule, qu’elle rentre de l’hôpital le nourrisson dans les bras.

Lui, c’est Ghadir, son père. Après avoir purgé un an de prison, il est sur le point de retrouver femme et enfants et de découvrir « la terrible » nouvelle.

  « Qu’as-tu fait Somayeh ! Ton père va tous nous tuer ! »

Il ne faudra que quelques minutes pour que la violence s’invite sous les coups et les hurlements enragés du père sur sa fille.

Privée de son enfant, arraché des mains par sa mère, Somayeh est enfermée dans une pièce insalubre, impuissante et abandonnée de tous.

Si l’on pense que le film raconte l’histoire de la jeune fille, l’on se trompe. Car ici, c’est du père qu’il s’agit. De la honte qui s’est abattue sur lui.

 « Tu nous as tous déshonorés ! »

Dans ce quartier pauvre des environs de Téhéran où les familles se connaissent toutes, plusieurs « chefs de tribus » viennent sermonner le père, à leur yeux, fautif par sa longue absence.

« On jase dans le voisinage. Débarrasse toi de cette honte. »

« Tu devais la donner à l’un des nôtres ! »

« Quand une dent bouge, il faut l’arracher. »

Une communauté « d’honneur » où l’on préfère voir sa fille morte, plutôt que de subir les foudres du qu’en- dira-t-on.

«  Somayeh, je désire tant ta mort pour être tranquille. »

Et puis, il y a ces montagnes, froides, majestueuses et inquiétantes, omniprésentes dans le film. Elles observent, silencieuses, la tragédie qui se joue devant elles.

 A mi-chemin entre le drame familial et le thriller, la jeune réalisatrice nous plonge dans un univers aussi angoissant qu’humaniste, car elle montre aussi la tendresse d’un père pour sa fille, un père asphyxié par le poids de traditions archaïques.

Un film choc qui remue les tripes.

« Another Time », de Nahid Hassanzadeh.

Quelques mots de la productrice Fery Malek-Maldini au Parlement Bruxellois le 20 mars 2017

 » Ce film a été très difficile à produire. Il y a un code islamique en Iran très strict à suivre.  L’histoire raconte une relation illicite ( un enfant né hors mariage), ce qui est « islamiquement incorrecte ». Après avoir rencontré plusieurs déboires, nous avons finalement reçu l’autorisation de montrer le film à l’étranger uniquement. Le film a été inspiré par les différents récits qu’a recueillis Nahid Hassanzadeh ( NB: la réalisatrice), lorsqu’elle travaillait en tant que sage-femme dans les quartiers pauvres de Téhéran.  »

Titre Original : Zamani Digar

Genre : Drama Fiction / Social
Running Time : 82 min
Version Original: Farsi
Année : 2016
Producer : Art Cantara/Fery Malek-Madani & Nahid Hassanzadeh

Festivals et récompenses: 

  •  primé « meilleur film de la section films de femme au festival international de Kolkotta en Inde ». C’est le prix le plus élevé au monde récompensant un film réalisé par une femme.
  • 40th São Paulo IFF –  from 20th October  to 2nd November 2016 in São Paulo, Brazil,in  the New Filmmakers Competition section
  • 24th Raindance Film Festival  in the main competition section in London’s West End from September 21st – October 2nd, 2016
  • 22ndKolkata IFF to be held from 11-18 November 2016.Official Competition Section-WOMEN DIRECTORS’ FILMS. Winner of GOLDEN ROYAL BENGAL TIGER AWARDS FOR BEST FILM
  • 65th International Filmfestival Mannheim-Heidelberg.4 to 19 November 2016. Winner of THE BEST ACTOR AWARD
  • 29TH Exground Film Festival- 11-20 NOV. Germany
  • 5th Festival Cinéma(s) d’Iran – Paris – France . 14th 0 2- th June 2017 – Nouvel Odeon
  •  22nd Palm Beach International Film Festival,March 29 to April 2nd.
  • 18th annual Newport Beach Film Festival taking place April 20th-27th, 2017
  • 14th Seoul International Agape Film Festival in Seoul, Korea – 10-15 May  2017

Une lente métamorphose iranienne

26 Nov

Sans titre

Un festival inédit sur les réalisatrices iraniennes a eu lieu ce week end au cinéma Vendôme de Bruxelles. Au programme de Focus Iran, neuf documentaires et quatre courts-métrages puissants qui nous ont plongés dans la complexité de la société iranienne.

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« C’est pour humaniser l’Iran » que Fery Malek-Madani a imaginé et organisé ce festival. L’audacieuse et passionnée belgo-iranienne, spécialiste de l’Iran et militante des droits de la femme, en avait tout simplement assez que l’actualité de ce pays controversé ne soit que traitée sous un angle politique. « Ce sont des iraniens en chair et en os que je veux montrer, des gens dotés de sensibilité comme nous» insiste-t-elle. C’est équipées de leur simple caméra et armées de leur seul courage, que ces douze réalisatrices parviennent au travers de leur films à nous immiscer dans l’intimité de leurs compatriotes et nous transportent dans une société empreinte de paradoxes. Fortement engagés, les documentaires – majoritairement des drames sociaux- abordent plusieurs thèmes profonds tels que l’inégalité des sexes, le chômage, la justice, la religion et n’hésitent pas à soulever des tabous tels que la transsexualité et le sida. Tous sont révélateurs de la difficulté de changer une société façonnée par le schéma patriarcal et tributaire de la tradition.

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Un pas en avant, un pas en arrière

We are half of the population, réalisé au printemps 2009 par la célèbre cinéaste et militante Bani-Etemad, est un documentaire à la fois édifiant et glaçant sur l’état du pays. Si la réalisatrice démontre à quel point la lutte des femmes a pris de l’ampleur, elle dénonce aussi fermement les lois discriminatoires et odieuses que subissent « ces citoyennes de seconde zone ». Bani-Etemad révèle aussi du paradoxe qui règne dans le domaine de l’éducation. Alors que les jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à prendre le chemin de l’université, elles se voient très souvent stoppées par le système de « quotas des sexes », privilégiant à note égale les garçons. Dans Les chasseurs sont les meilleurs disciples, la réalisatrice Mojgan Ilanlu est allée elle à la rencontre de religieux progressistes, afin de mettre en lumière l’évolution de la réflexion chez certains membres du clergé iranien. On les voit à notre plus grand étonnement citer Shakespeare et Nietzsche ou encore surfer sur internet. Alors pourquoi ces religieux « modernes » doivent-ils encore se cacher derrière un rideau pour faire cours aux jeunes étudiantes? Pour la réalisatrice, la réponse à ce paradoxe est simple: « l’Iran ne peut se jeter d’un coup dans la modernité! ». Néanmoins, certains ne partagent pas cet avis et ne voient d’ailleurs dans ce film, le signe d’aucune évolution. Et justement, c’est bien là que réside le dilemme, car si certains iraniens pensent qu’il faut du temps et de la patience pour commencer à goûter à la modernité, d’autres estiment que l’attente est interminable, même utopique.

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Tous s’accordent toutefois sur un point: le changement en Iran est une nécessité, voire un besoin vital. Reste à savoir quand et comment il doit s’opérer.

Quand le Parlement Européen invite les artistes iraniennes d’Unexposed

31 Jan
Fig. 1

Fig. 1

Après le franc succès fin 2012 à Bruxelles de l’exposition Unexposed* qui réunissait les œuvres de 40 jeunes artistes iraniennes, c’est au tour du Parlement Européen de les présenter, “afin de voir autre chose de l’Iran“.

Unexposed c’est quoi ?

C’est le pari audacieux de la commissaire d’exposition, Fery Malek-Madani,  femme de cœur d’origine iranienne, militante des droits de la femme, spécialiste de l’Iran et fondatrice d’Art Cantara asbl “pour la création de ponts entre les cultures“.

Fig. 2

Fig. 2

En 2010, elle lance sur Facebook un appel aux artistes iraniennes qui voudraient participer à son projet artistique. Pour être sélectionnée, elles doivent répondre à trois critères spécifiques: être une femme , née entre 1971 et 1991, vivant et travaillant en Iran. Sur les 400 réponses reçues, Fery Malek-Madani, assistée d’un jury composé de professionnels, retient 40 artistes.

Elle part aussitôt à leur rencontre pour découvrir leurs univers artistiques, leurs démarches mais aussi leurs histoires personnelles. A chacune, elle demande à voir les œuvres qui n’ont jamais été exposées et de lui en expliquer les raisons. Parmi les causes invoquées, le refus des galeristes par peur d’éventuelles représailles mais aussi l’autocensure de l’artiste elle-même.

“On peut peut-être interdire les artistes d’exposer mais certainement pas les empêcher de créer“ (Fery Malek-Madani)

Fig. 3

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C’est en choisissant parmi “ces interdits“ que Fery Malek-Madani a réalisé son Unexposed rassemblant 80 œuvres (deux par artistes) jusqu’à présent cachées dans des appartements familiaux, dortoirs de jeunes filles, bureaux ou ateliers.

Fig. 4

Fig. 4

La génération post-révolutionnaire

Mettre en place des évènements dédiés aux artistes iraniennes, offrir “un espace de liberté“ pour qu’elles puissent s’exprimer, Fery Malek-Madani en a fait son leitmotiv. Mais cette fois-ci, elle met en lumière le travail d’une génération d’artistes très spécifique: celle de l’après-révolution qui n’a connu de l’Iran que la République Islamique. Pour la commissaire d’exposition il s’agit de montrer comment ces jeunes femmes qui “ont été élevées à l’école du régime islamique et baignées dans la pensée unique“ réussissent malgré tout à produire “un art totalement universel“ ainsi qu’à avoir une ouverture d’esprit sur le monde qui les entoure.

fig. 5

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Contestation sous-jacente

A travers les sujets traités, on découvre la critique acerbe de cette jeunesse coincée entre les dictats d’une société aux mœurs archaïques et l’attirance pour la modernité qu’incarne le monde occidental. Dans leur oeuvres, elles expriment souvent leur colère et frustration.

Les thèmes de la liberté, des droits de la femme, de la guerre,  de la modernité, de  l’Occident et de la technologie se trouvent au coeur de leur préoccupation et de leur univers artistique.

fig. 6

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La discrimination et la condition de la femme se traduisent de façon différente : violemment à travers les deux photos chocs de Samin Abarquoi (fig. 1 et 2) ; plus tristement chez Fariba Dehghanizadeh (fig. 3); impressionnante et angoissante chez Atousa Vahdani avec sa Shabnam,(fig. 4) enveloppée dans du “thermé“, tissu traditionnel iranien, utilisé notamment pour recouvrir les morts…

fig. 7

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Chez Maryam Majd, les femmes font de la résistance. La jeune photographe y montre des sportives qui malgré le port obligatoire du “hejab“ continuent à exercer leur sport de prédilection ( fig. 5).

fig. 8

fig. 8

M. Kaseaei Nasab, exprime le désarroi “d’une génération qui  ne comprend pas pourquoi elle est sous sanction“ et la difficulté d’obtenir un visa quand on vient d’Iran ( fig. 6). Le monde est un village nous avait-on dit ? Pas pour elle en tout cas qui a vu son visa refusé par la France.

La quête de liberté se traduit chez Sahar Mokhtari par la rencontre fictive de deux héros de l’Histoire: le tristement célèbre Vietcong exécuté en 1968 par un officier sud vietnamien et Sattar Kahn, révolutionnaire iranien du début du 20ème siècle, morts tous deux au nom de la liberté ( fig. 7).

fig. 9

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Les artistes telles que Delara Pakdel et Homa Arkani, révèlent à travers leurs œuvres un pays à deux vitesses ( fig. 8 et 9). La première met en scène des dervish (équivalent du moine occidental) en vêtements traditionnels se promenant dans le métro. La jeune peintre souhaite montrer aux occidentaux que l’Iran possède aussi des moyens de transports modernes . La seconde exprime une société à la fois accablée par le poids des traditions et inéluctablement attirée par le mode de vie occidental.

Le traumatisme de la guerre Iran-Irak apparaît chez Neda Moradi. Avec Fear of darkness, elle raconte son enfance entièrement passée dans la terreur de voir des soldats s’introduire dans sa chambre ( fig. 10).

fig. 10

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Enfin, dans sa vidéo » Iran unveiled and veiled again », la réalisatrice Firouzeh Khosrovani raconte avec nostalgie l’histoire du voile islamique, abolit en 1936 pour redevenir obligatoire en 1979.

En Iran, on dit souvent que le changement se fera grâce aux femmes et aux jeunes. Pour Fery Malek-Madani “cette génération d’artistes est véritablement porteuse d’espoir“. Malgré tout ce qu’on a voulu lui inculquer et après plus de trente ans d’autoritarisme et de dictats religieux, elle arrive à garder une ouverture et une liberté d’esprit qui forcent le respect.

Une génération d’artistes iraniennes qui n’est pas dupe et qui attend patiemment son tour ? A aller découvrir d’urgence jusqu’au 1er février au Parlement Européen**.

Infos pratiques: Séance de rattrapage à Athènes (mi-février à mi-mars à la Fondation Michael Cacayonis) puis à Varsovie ( mi-mars à mi-avril au Musée Ethnographique) pour ceux qui auraient raté Unexposed à Bruxelles.

Remerciement: Merci infiniment à Fery Malek-Madani de m’avoir accordé quelques heures de son précieux temps et de m’avoir autorisé  la reproduction des photos sur artbruxelles.

* Unexposed, Tour & Taxis, Bruxelles du 9 Novembre au 25 décembre 2012.

** Unexposed, Parlement Européen, Bâtiment Spinelli, Bruxelles, du 28 janvier au 1er février 2013

« Je valide l’inscription de ce blog au service Paperblog sous le pseudo artbruxelles »

« Dix femmes peintres d’Iran, Dix ans après »

23 Mar

Du 4 au 14 Mars, l’Hôtel de Ville de Saint-Gilles mettait à l’honneur les oeuvres de dix peintres iraniennes ayant déjà fait l’objet d’une exposition en 2001. La commissaire d’exposition, Fery Malek-Madani, spécialiste de l’Iran, féministe et fondatrice de l’ASBL Art Cantara, décide de re-exposer cette année les dix mêmes artistes afin de mesurer le chemin parcouru.

En organisant cette exposition 100% féminine, Fery Malek-Madani désirait tout d’abord  montrer la diversité de peintres, toutes iraniennes, mais de générations et de styles différents. Il s’agissait aussi de ne plus associer l’Iran uniquement à son actualité politique, mais bel et bien de reconnaître la présence d’artistes féminines dans le paysage culturel iranien. Enfin, et elle insiste beaucoup sur ce dernier point, il était très important de percevoir ces artistes au-delà de l’étiquette « made in Iran ».

« Je voulais montrer que ces femmes iraniennes sont des femmes comme nous, qui expriment à travers leurs oeuvres un langage universel »

L’exposition réunie une cinquantaine d’oeuvres, ainsi que deux vidéos enregistrées en 2001 et 2011 montrant la commissaire d’exposition s’entretenir avec les artistes. Bonne idée aussi que d’avoir ressorti le catalogue d’exposition de la première édition, nous permettant ainsi de comparer les oeuvres et l’évolution artistique de ces peintres.

L’emploi des différentes techniques, la richesse de la palette de couleurs, ainsi que la présence d’oeuvres aussi bien figuratives qu’abstraites, attestent bien de la diversité stylistique et des univers artistiques propres à chacune des peintres. Les thèmes choisis révèlent par contre le goût commun de ces artistes pour la représentation de la femme, thème déjà privilégié lors de la première exposition.

« Pourquoi les peintres iraniennes représentent-elles toujours des femmes? » demande Fery Malek- Madani aux artistes lors de ses interviews. Trois raisons principales semblent se distinguer. Arya Shokoohi Eghbal (1962) évoque une préférence esthétique pour le visage féminin. La célèbre miniaturiste Farah Ossouli (1953) explique quant à elle, le besoin pour l’artiste iranienne d’exprimer son idée de la femme, trop longtemps perçue qu’à travers le travail des hommes. Enfin, Maryam Khazai, met en avant la nécessité de peindre la femme, longtemps ignorée, afin de lui redonner sa liberté.

Se peindre pour exister à nouveau?

Le Moi au pluriel

Dans les oeuvres présentes, le désir d’être et d’affirmer son statut de femme semble trouver écho dans le thème récurrent du Moi. Dans Me, Myself, and I, A. Shokooho Eghbal s’interroge sur son rôle de femme. Qui est-elle? Une épouse? Une mère? Une peintre? Sa technique singulière de fragmentation du tableau en plusieurs blocs renforce l’idée de confusion identitaire.

Dans son oeuvre intitulée Moi, M. Mozaffari (1959) se représente dans l’étroitesse d’un couloir sombre, à l’écart des hommes. Regardant fixement le spectateur, le peintre semble s’interroger sur sa place dans la société.

Appartenant à la génération qui n’a connu que la République Islamique, la jeune M. Hashemi (1977) s’est d’abord systématiquement représentée le visage caché par de drôles de masques,  » peut-être pour tout couvrir, même nos pensées » dira-t-elle. Dix ans plus tard, installée à Londres, elle affirme avoir calmé son agitation intérieure et continue de se peindre mais désormais, à visage découvert. Dans Dénudée, un tableau spécialement imaginé pour l’exposition, l’artiste confronte ses deux « Moi ». Celle du passé, le visage masqué, s’oppose à celle du présent, nue et libérée de ses démons.

A travers leurs peintures, ces artistes se cherchent, s’interrogent et luttent entre leurs plusieurs « Moi ». Si cette préoccupation de la femme moderne, déchirée entre ses différents rôles, peut être définitivement lue comme une préoccupation universelle, on ne peut s’empêcher de s’interroger. N’est-il pas légitime que ces artistes iraniennes expriment leur confusion dans un pays où le statut de la femme a été maintes fois chamboulé, et où par conséquent, la femme a du sans cesse apprendre  à se re-inventer? Après tout, faut-il rappeler que le code vestimentaire est passé de la jupe au tchador il y a seulement un peu plus de trente ans…

Si une très grande modernité se dégage de l’ensemble des oeuvres, on constate chez certains artistes l’envie d’exprimer leur attachement à l’Iran. Elle se traduit notamment à travers l’emploi de techniques traditionnelles (miniature et calligraphie), de la présence de références populaires et du choix des sujets.

L’apport de l’Iran

Farah Ossouli, initiatrice de la miniature contemporaine, fusionne dans ses oeuvres  la technique de la miniature persane aux thèmes classiques occidentaux, qu’elle réussià interpréter avec beaucoup d’originalité. Ainsi, elle n’hésite pas à trancher le cou de sa Mona Lisa dans une version miniaturisée ou de remplacer Dieu dans La Création de Michel-Ange, par une femme. Si l’artiste s’amuse à confronter ces deux mondes, la violence des dernières années l’a conduite à remplacer les joyeux rossignols et les belles roses par des bombes et des fusils.

Dans une quête de spiritualité, M. Shirinlou (1966) introduit dans ses oeuvres les vers du Poète Rumi*. A travers un style calligraphique, elle raconte les différentes périodes de la civilisation iranienne dans des techniques mixes média.

M. Hashemi incorpore dans ses oeuvres « réalistes magiques** » des références populaires identifiables à l’Iran. Dans Motherships, l’artiste représentée en toute petite à côté d’un pansement géant, appelle à l’aide des femmes voilées en forme de soucoupes volantes. Sur chaque Mothership le rappel de l’Iran est la: les building de Téhéran, les pistaches et le tchélo kabab (plat populaire iranien).  » Ces femmes viennent pour panser mes blessures, et sont ma façon de montrer mon affection à l’Iran » expliquera-t-elle, même si elle avouera ne pas encore avoir exactement compris la réelle signification de ces drôles de vaisseaux-tchador.

M.Gaziani (1972), elle, révèle son attachement à ses origines par le choix de sujets tirés de l’histoire des dynasties perses, tel que L’Aristo Quadjar.

Si ces oeuvres peuvent tout de suite être identifiables à l’Iran, d’autres au contraire se différencient par l’absence totale de référence au pays:

Les  portraits romantiques à l’encre de F. Amini (1941), offrent des visages de femmes aux traits occidentalisés.
M.Mozaffari capture dans des grands formats à l’acrylique, l’intimité des scènes de la vie quotidienne où « chaque objet a une particularité dans sa solitude« .

A travers ses propres tourments dominés par le rouge et le noir, A. Shokoohi Eghbal exprime les préoccupations universelles de la femme.
M. Rahim Tabrizi (1969) explore elle, une abstraction-bonheur où se baladent anges et papillons.

Dans la vidéo de 2001, les thèmes de liberté et d’ouverture reviennent constamment dans les propos des artistes. Le président Khatami, ex-conseiller de la culture et connu pour ses réformes visant à améliorer le statut des femmes, venait d’être ré-élu. C’est l’Iran des changements. Les galeries d’art, musées et la Maison des Artistes se voient bénéficier de ce nouveau vent de liberté. « Les portes [du pays] se sont ouvertes«  dira en souriant, la jeune calligraphe, G. Fathi (1972).
Ainsi, les femmes artistes dont le travail et le statut avaient été mis sous silence pendant deux décennies, semblaient sortir de l’ombre et jouir à nouveau d’une légitimité sur la scène artistique iranienne.
Lors des dix dernières années, ces artistes ont continué à avancer, à exposer aussi bien en Iran qu’à l’étranger, et à s’affirmer comme des artistes à part entière. Si la censure existe toujours pour certains sujets, comme la nudité par exemple, les peintres iraniennes ont trouvé des moyens d’expression différents pour continuer à exercer leur art. Bien que chacune ait évolué à sa manière, la confiance et le positivisme semblent avoir pris le pas lors de cette deuxième édition.

Retour au calme et Espoir

M.Shirinlou remplace ses tableaux figuratifs qui lui permettaient d’exprimer ses agitations interieures par des oeuvres abstraites et calligraphiques empreintes cette fois, de calme et de forte dimension spirituelle.


M. Rahim Tabrizi se laisse porter vers des toiles de plus grand format dans lesquelles règnent une atmosphère plus colorée et où les titres, tel que Les papillons retourneront-ils à la maison?, sonnent comme de véritables messages d’espoir.

M. Khazai, qui privilégiait le noir parce que  » notre société est monochrome« , s’est aujourd’hui tournée vers des toiles baignées de lumière, de liberté et de couleurs vives, dans  » le but de diminuer la douleur et de [se] rapprocher de la couleur de l’amour ».

En quittant  cette exposition, les évènements politiques de l’Iran semblent avoir été balayés par un vent de liberté et d’espoir, sorti tout droit de cet art iranien conjugué au féminin. Proposer un autre regard sur ses femmes peintres iraniennes? C’est le pari gagné de cette exposition mise en scène avec intelligence et sensibilité.

 » Dix femme peintres d’Iran, Dix ans après » organisé par Art Cantara asbl et à l’initiative de Anne Vanesse, Echevine de l’Egalite des Chances Hommes/Femme, Commune de Saint-Gilles.

*Rumi: Poète soufi considéré comme l’un des plus grands mystiques persans du XIIIe siècle.
** Réalisme magique: appellation utilisée par la critique littéraire et la critique d’art depuis 1925 pour rendre compte de productions ou d’éléments perçus et décrétés comme « magique » et « surnaturels » surgissant dans un environnement défini comme « réaliste ».

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