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Quinze minutes dans l’âme d’Ali Cherri

6 Avr

 

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@afac grantees

« Comment traduire l’expérience de la guerre ? ». C’est la question que s’est posée l’artiste libanais Ali Cherri en 2005 lors de la réalisation de sa première vidéo « Un Cercle autour du soleil ».

C’est en 1976 qu’il voit le jour à Beyrouth, tout juste un an après le début de la guerre avec laquelle il devra s’accommoder quinze ans durant. Dans cette ville devenue hostile, dangereuse il ne lui sera pas permis de s’y balader, de courir, de jouer. Jusqu’à son adolescence, Beyrouth lui sera quasiment interdite. C’est calfeutré dans sa chambre qu’il va dès lors se l’inventer, se la façonner à sa propre image.

Ville fantôme

« Un Cercle autour du soleil » dépeint durant quinze minutes une ville qui passe de l’obscurité de la nuit à la lumière du jour, une ville composée d’immeubles en ruine et dépourvue d’habitants. Cette ville fantôme c’est celle d’Ali Cherri, celle qu’il s’est inlassablement imaginé, celle avec qui son corps ne semble plus faire qu’un. Ce corps qu’il décrit « en ruine ». C’est avec pudeur qu’il semble nous livrer ses tourments à travers des images filmées en de longs plans verticaux glissant douloureusement du haut vers le bas, comme une forme de lente agonie. Sur ces images de ruines, témoins de la mémoire du désastre viennent se poser la voix d’Ali Cherri. Une voix belle et grave, puissante et fébrile racontant non pas son histoire, mais ses sensations d’alors, sensations libérées par la parole avec une férocité poétique. Des mots, ses maux qui résonnent avec violence  sans jamais tomber dans le pathos.

« Comment traduire l’expérience de la guerre quand les images sont tellement saturées qu’elles ne racontent plus rien ? » s’interroge Ali Cherri qui avoue avoir pu faire ce film quinze ans après la fin du conflit pour avoir le recul  nécessaire. «  Les média cherchent à nous dire “comment c’est vraiment“ mais la guerre est impossible à décrire »

Il faut, revoir,  voir et vivre pleinement « Un Cercle autour du soleil » pour réaliser la force d’inventivité de ce talentueux vidéaste qui cherche sans cesse à nous faire ressentir l’indescriptible. Regarder une œuvre d’Ali Cherri c’est prendre le risque sublime de vivre une expérience sensorielle inédite, celle de toucher du bout des doigts la beauté de l’âme de ce grand artiste.

Trailer: Un Cercle autour du soleil, Ali Cherri, 2005 – DV, Color, 15min, Stereo, English 

https://vimeo.com/6167015 5

Site d’Ali Cherri

https://www.alicherri.com

 

 

 

 

 

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Une lente métamorphose iranienne

26 Nov

Sans titre

Un festival inédit sur les réalisatrices iraniennes a eu lieu ce week end au cinéma Vendôme de Bruxelles. Au programme de Focus Iran, neuf documentaires et quatre courts-métrages puissants qui nous ont plongés dans la complexité de la société iranienne.

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« C’est pour humaniser l’Iran » que Fery Malek-Madani a imaginé et organisé ce festival. L’audacieuse et passionnée belgo-iranienne, spécialiste de l’Iran et militante des droits de la femme, en avait tout simplement assez que l’actualité de ce pays controversé ne soit que traitée sous un angle politique. « Ce sont des iraniens en chair et en os que je veux montrer, des gens dotés de sensibilité comme nous» insiste-t-elle. C’est équipées de leur simple caméra et armées de leur seul courage, que ces douze réalisatrices parviennent au travers de leur films à nous immiscer dans l’intimité de leurs compatriotes et nous transportent dans une société empreinte de paradoxes. Fortement engagés, les documentaires – majoritairement des drames sociaux- abordent plusieurs thèmes profonds tels que l’inégalité des sexes, le chômage, la justice, la religion et n’hésitent pas à soulever des tabous tels que la transsexualité et le sida. Tous sont révélateurs de la difficulté de changer une société façonnée par le schéma patriarcal et tributaire de la tradition.

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Un pas en avant, un pas en arrière

We are half of the population, réalisé au printemps 2009 par la célèbre cinéaste et militante Bani-Etemad, est un documentaire à la fois édifiant et glaçant sur l’état du pays. Si la réalisatrice démontre à quel point la lutte des femmes a pris de l’ampleur, elle dénonce aussi fermement les lois discriminatoires et odieuses que subissent « ces citoyennes de seconde zone ». Bani-Etemad révèle aussi du paradoxe qui règne dans le domaine de l’éducation. Alors que les jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à prendre le chemin de l’université, elles se voient très souvent stoppées par le système de « quotas des sexes », privilégiant à note égale les garçons. Dans Les chasseurs sont les meilleurs disciples, la réalisatrice Mojgan Ilanlu est allée elle à la rencontre de religieux progressistes, afin de mettre en lumière l’évolution de la réflexion chez certains membres du clergé iranien. On les voit à notre plus grand étonnement citer Shakespeare et Nietzsche ou encore surfer sur internet. Alors pourquoi ces religieux « modernes » doivent-ils encore se cacher derrière un rideau pour faire cours aux jeunes étudiantes? Pour la réalisatrice, la réponse à ce paradoxe est simple: « l’Iran ne peut se jeter d’un coup dans la modernité! ». Néanmoins, certains ne partagent pas cet avis et ne voient d’ailleurs dans ce film, le signe d’aucune évolution. Et justement, c’est bien là que réside le dilemme, car si certains iraniens pensent qu’il faut du temps et de la patience pour commencer à goûter à la modernité, d’autres estiment que l’attente est interminable, même utopique.

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Tous s’accordent toutefois sur un point: le changement en Iran est une nécessité, voire un besoin vital. Reste à savoir quand et comment il doit s’opérer.

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