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L’onirisme organique de Toufan Hosseiny

23 Avr
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ME, MYSELF & EYE, 2017 PLASTIQUE, POLYSTYRÈNE, PORCELAINE ET CUIR. Courtesy Toufan Hosseiny

 

C’est une atmosphère féminine, florale, raffinée et design que l’on découvre à la Galerie Rodolphe Janssen dans la salle consacrée aux œuvres de l’artiste belge d’origine iranienne Toufan Hosseiny. Dessins, broderies, porcelaines, masques, bijoux et papiers peints se côtoient en parfaite symbiose. Une atmosphère presque virginale d’une jeune fille en fleur dirait-on. C’est en s’approchant que l’on se rend compte progressivement de notre terrible erreur d’appréciation, trahit par l’élégance et la délicatesse des travaux présentés. Car l’univers de cette toute jeune artiste multidisciplinaire est avant tout marqué par la présence et l’association troublantes d’éléments inattendus.

 

 

 

“Never alone“ le titre de l’exposition n’est pas incongru, il est le savant résultat d’un mariage entre l’obsession et la paranoïa. « Je n’aime pas que l’on me remarque mais j’observe sans cesse les gens du coup j’ai la sensation d’être en retour constamment observée et jugée ». Ce sentiment désagréable Toufan Hosseiny l’exprime avec humour dans “Me, Myself and I“ une drôle de créature merveilleusement absurde avec un crâne composé d’une centaine de yeux en porcelaine duquel tombe un long rideau de cheveu en cuir. « Petite je pensais que les objets qui m’entouraient étaient mes amis. Mais au fur et à mesure c’est devenu très angoissant car je pensais qu’ils me regardaient en permanence ».

 

 

 

Œil pour œil…

Ces yeux sont devenus un véritable leitmotiv dans les travaux de Toufan Hosseiny. Des yeux qu’elle avouera « avoir roulé toute la journée pendant plusieurs mois », une répétition du geste qui l’aide à se calmer avouera-t-elle. A la base crées en frigolite pour son projet de fin d’études, elle crée spécialement pour l’exposition ces yeux en porcelaine d’abord pour ses monstres mais aussi pour sa collection de bijoux sous forme de bagues et de boucles d’oreilles excentriques. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la superstition du « mauvais œil » (“sheshm“) présente de façon persistante, caustique et angoissante dans toutes les familles iraniennes. “The monsters I grew up with“ est une série composée d’une galerie de neuf montres sous forme de masques. « J’ai toujours aimé les monstres et je m’amusais petite à dessiner de drôle de créatures » avant de préciser amusée qu’elle regardait « pas mal de films fantastiques voire d’horreur avec {son} père alors qu’{elle} n’en avais pas l’âge ! ». Ses angoisses Toufan Hosseiny les exprime dans ces monstres à qui elle a attribué un nom, une date de naissance et de décès. « Ils peuvent aussi bien représentés des personnes que des émotions ». Ces masques n’ont pourtant rien d’effrayants, ils sont au contraire très attirants. « J’aime transformer ce qui est laid en beau. C’est ma façon de faire la paix, de tourner la page ».

 

 

 

 

dent pour dent

Dans une série de dessins de fleurs aux traits extrêmement délicats et raffinés, la jeune femme aborde le thème de la mort. On y voit des fleurs composées d’os et de dents de sagesse, symbole d’une résurrection bienveillante. En véritable touche-à-tout, l’artiste transformera plus tard ces fleurs en broderies. « C’est vrai qu’avec ma formation de stylisme j’ai toujours ce rapport très fort au textile. C’est un moyen avec lequel je communique bien. ». A côté de ces médaillons un drapeau en lin et cuir, cette fois à la forme non-figurative interpelle. « J’ai crée un symbole beaucoup plus abstrait cette fois toujours en rapport avec l’anatomie des fleurs, des racines et des vertèbres. » Le résultat ? « Une forme ressemblant à l’os du bassin mais aussi du vagin avec ces tiges qui se croisent formant cet œil. C’est la naissance de tout ce monde qui nous regarde ». Cette œuvre intitulée « Birth » provoque un fort pouvoir d’attractivité tant il semble être la synthèse non seulement de son travail mais aussi d’une forme de « statement » , comme si finalement nous étions les témoins chanceux et heureux de l’éclosion de Toufan Hosseiny dans le monde de l’art. Une artiste très prometteuse qu’il faudra suivre de très près.

 

 

 

 

« Never alone“, Toufan Hosseiny, Galerie Rodolphe Janssen, 10-28 octobre 2017

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Art Brussels pour les gens pressés

20 Avr

 

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Ben Sledsens, « Rattenvangster », Tim Van Laere Gallery

Art Brussels fête ses cinquante ans ! Une édition anniversaire très réussie avec cent quarante sept galeries d’art en provenance de trente-deux pays, des projets sous forme d’expositions collectives et des prix pour récompenser le travail des artistes.

Pour ceux qui sont pressés, voici une sélection d’artistes et de projets qui ont retenus notre attention.

Belgian Art Prize

On regarde absolument la vidéo politique et poétique d’Otobong Nkanga, grande gagnante du Belgian Art Prize 2017. « In pursuit of bling » dénonce les conséquences de l’exploitation colonialiste et capitaliste qui ont transformé les ressources naturelles en objets de convoitise.

Prix du Solo Show

Au nombre de 22 les solos show de cette année étaient de haut niveau ( Alice Anderson à la Galerie Valérie Bach, Leen Voet chez Albert Baronian, Stelios Karamanolis chez Flatland, Sofie Muller chez Geukens & Vil, Romain Van Wissen chez Triangle Bleu etc.) finalement remporté par Nicolas Party ( chez Xavier Hufkens) avec trois magnifiques toiles bucoliques et japonisantes.

Projet Artistique

Il faut aller voir la sublime « Mystic Properties », exposition collective en collaboration avec le HISK ((Higher Institute for Fine Arts), curatée par la très dynamique Elena Sorokina, dans laquelle les artistes posent la question de l’appartenance de l’œuvre d’art en prenant comme point de départ, « L’Agneau mystique », le célèbre retable de Gand ayant été pendant des siècles un objet de convoitise. Coup de cœur ici pour « The Marriage of Heaven and Hell » de Joris Van de Moortel.

Chez les galeristes 

On adore le plasticien belge Pascal Bernier qui a remis au goût du jour la technique désuète de la taxidermie avec sa merveilleuse série à la fois caustique et émouvante «  Accident de chasse » . Françoise Pétrovitch (Semiose galerie) nous a ravit avec ses œuvres d’étrange matérialité que ce soit avec sa céramique « Peau d’Ane » ou ses peintures vous plongeant dans un profond état contemplatif à l’instar de ses personnages. A ne pas rater ses expositions à La Louvière qui débutent conjointement le 27 avril au Centre de la gravure et à Keramis. Côté urbain, on découvre avec enthousiasme le travail très organique de l’américain Ethan Greenbaum ( Super Dakota) qui se réapproprie les matériaux industriels récupérés lors de ses promenades pour en faire une réflexion sur les changements et les mutations de la Ville. On ne se lasse pas des amazones de la peintre belgo-iranienne Sanam Khatibi ( Rodolphe Janssen), des peintures aux paysages de loin idylliques de près somptueusement inquiétants tel un Jardin d’Eden inversé. Sophie Kuijken ( Nathalie Obadia) nous propose des portraits mystérieux et intriguants résultat d’un génial clash entre tradition ( flamande) et modernité dans lesquels les personnages sont crées grâce à une combinaison de plusieurs personnes. On fonce voir « Seated Woman » de la géniale peintre belge Farah Atassi (Michel Rein) qui réinvente d’une façon inédite les grands peintres du 20e siècle faisant d’elle LA peintre moderne du 21e siècle. Chez Félix Frachon, le nouveau de la bande, on découvre le travail délicat et scientifique de Nandita Kumar qui explore l’impact des nouvelles innovations technologiques sur la vie humaine en combinant vidéo et son. Le très jeune anglais Oli Epp ( Semiose galerie) dépeint sa vie quotidienne à travers ses œuvres avec humour et sarcasme. On aime ses têtes surdimensionnées dénuées de traits faciaux  et le jeu de l’illusion optique. Enfin, arrêtez vous devant le très parodique « Rattenvansger » du jeune artiste belge Ben Sledsens (Tim Van Laere Gallery) pour vous mettre le sourire aux lèvres, une dernière fois avant de partir.

 

 

Art Brussels, Tour & Taxis jusqu’au 22 avril 2018

 

Duane Hanson et les anti-héros du rêve américain

10 Avr

Elle, c’est Queenie, une femme de ménage afro-américaine perdue dans ses pensées. Si vous l’interpellez elle ne vous répondra pas. Car Queenie n’est pas constituée de chair et d’os mais de fibre de verre et de résine synthétique. « Elle », fait partie des sculptures plus vraies que nature du génialissime et regretté Duane Hanson, actuellement exposées au Musée d’Ixelles.

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Fils d’agriculteurs, Duane Hanson grandit dans les années trente dans une bourgade du Minnesota et développe dès l’enfance son goût pour la sculpture. Soutenu par ses parents, il part à Washington étudier les Beaux-Arts et obtient son diplôme en 1951. Malheureusement la décennie qui suit sera loin d’être fructueuse pour le jeune homme, le monde de l’art ne jurant que par « l’expressionisme abstrait », un courant dans lequel l’artiste ne se retrouve pas. C’est sa rencontre décisive avec George Segal sculpteur de modèles vivants, qui amènera Hanson à explorer le procédé dit de « lifecasting ». Il utilisera toutefois des médiums rares tels que la résine de polyester et la fibre de verre, matières qui lui permettent de rendre compte des détails du corps humain. Nous sommes à présent au milieu des années soixante et les peintres « hyperréalistes » sont à la mode. Alors que ces derniers dépeignent le quotidien en toute neutralité, Hanson lui désire « faire quelque chose pour que le public prenne conscience de la situation ». Car c’est à ce moment précis que contestation populaire, mouvements de droits civiques et mécontentement général font rage dans une Amérique où la pauvreté divise la société.

La mort, la misère et le racisme, devenus les sujets de prédilection de l’artiste se matérialisent dans des sculptures violentes et d’un hyper-réalisme à couper le souffle, comme ces œuvres mettant en scène des sans-abris dormant à même le sol, un bébé mort jeté dans une poubelle ou des scènes de mise à tabac policière lors d’émeutes raciales. Profondément perturbant.

 

Aux antipodes du Musée Grévin

C’est à partir des années septante que commence sa fascination pour les gens ordinaires. Ouvriers, petits vieux, touristes, cow boys, peintres en bâtiment ou fermiers ne sont pas les favoris de l’artiste par hasard. Si le thème semble bien plus léger, Duane Hanson ne perd en rien de son esprit critique. Ici ce sont les « américains moyens » qu’il immortalise, ceux pour qui « la société ne fait rien » disait-il. Pas de success story ou de sourire ultra-bright, mais des gens aux physiques banals, aux regards baissés et désabusés, ceux qui n’ont pas pu accéder à l’« American Dream ». Techniquement, Hanson est à l’apogée de son art. Le rendu est si puissant qu’il provoque un sentiment de malaise. Il faut y réfléchir à deux fois avant d’oser s’approcher d’eux et finalement les observer indécemment sous toutes les coutures. Loin de toute caricature, Duane Hanson capture avec un réalisme virtuose mais aussi une immense empathie, ceux qu’il appelait « les invisibles ». Une passion qui lui coûtera la vie, emporté en 1996 par un cancer provoqué par la surexposition à la fibre de verre et les résines. Un artiste et une exposition hors normes.

( article datant de 2014)

« Duane Hanson », Musée communal d’Ixelles, 71 rue Jean Van Volsem, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 25 mai.

 

 

 

Michaël Borremans : L’étrangeté du sublime

10 Avr
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The Angel, Courtesy Zeno X Gallery Antwerp© Photographer Dirk Pauwels

On dit de lui qu’il est le plus talentueux de notre époque. Bozar présente une rétrospective consacrée au génial peintre et artiste conceptuel belge au travers d’une centaine de peintures, dessins et vidéos.

« Michaël Borremans nous propulse dans un espace où le temps a été annulé » commente le commissaire d’exposition Jeffrey Grove. Dans cet univers peuplé de personnages figés, passé, présent, futur n’ont plus aucun sens. Face à ses peintures, l’interrogation est de mise. Qui sont ces être humains aux allures d’automates portant le parfum de l’ambiguïté ? Aucun d’eux n’osent poser le regard sur nous, les yeux souvent baissés, parfois fermés, l’artiste aime à mettre en scène l’homme moderne, celui qui se croit libre mais qui au contraire est asservi par la société qu’il a lui-même créé. Vidés de toute humanité, les sujets deviennent des objets, des choses tristement subordonnées. Contradiction, spiritualisme, théâtralité et palette feutrée constituent la quintessence du travail de Borremans.

Bizarre vous avez dit bizarre? 

« The Avoider », une monumentale toile de plus que quatre mètres de haut ouvre la marche. Qualifiée de « christique » par l’artiste, l’œuvre représente un homme portant une tenue à la fois élégante (foulard de soie) et débraillée (pieds nus et sales), debout, perdu dans ses pensées. A cette drôle de scène s’ajoute la présence d’un mystérieux bâton de bois. Berger ou dandy? On l’ignore…Lui faisant suite, une série de petits et moyens formats dépeignant des personnages de dos ou de trois-quarts, empreint de sensualité révélant subtilement mais sensuellement une nuque ou comme dans « The Ear », une oreille blessée. « Sleeper » représente une petite fille assoupie, dont la beauté pâle et morbide suggère qu’elle a rendue l’âme. Dans « The Devil’s Dress », un homme nu et étendu à même le sol porte une robe rouge en carton. Par son intitulé évocateur, Borremans brouille encore une fois les pistes en nous amenant à focaliser sur l’aura diabolique se dégageant de cette robe à la matière peu conventionnelle. D’un point de vue technique, le coup de pinceau à brosse longue nous rappelle la pratique des grands maîtres notamment celle du grand Velasquez. Les sujets eux sont souvent inspirés directement d’Edouard Manet pour qui il voue une grande admiration. C’est après plus de quinze années passées à produire des œuvres que l’artiste prend conscience qu’il s’essouffle progressivement et n’arrive plus à créer dans cet atelier « hanté par les fantômes ». Borremans – en quête d’un second souffle – part en 2012 à la recherche d’un nouvel endroit et finit par investir une chapelle désaffectée. L’aspect sacré des lieux où il dit « s’adresser à la Vierge et à ses pinceaux pendant qu’il y peint » lui inspire une série de tableaux à l’iconographie chrétienne, comme en témoigne l’impressionnant « The Angel ». Mesurant plus de trois mètres de haut, un personnage androgyne représenté débout dans une belle longue robe rose, bras ballants, tête baissée et visage couvert de cirage noir, nous hypnotise tant par l’illogisme des éléments que par la facture picturale captivante de perfection. Oui, Michaël Borremans compte bien parmi les artistes vivant les plus brillants du 21ème siècle. Divinement hypnotique.

( article datant de 2014)

« Michaël Borremans. As sweet as it gets », Palais des Beaux-Arts, rue Ravenstein 23, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 03 août 2014

Quinze minutes dans l’âme d’Ali Cherri

6 Avr

 

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@afac grantees

« Comment traduire l’expérience de la guerre ? ». C’est la question que s’est posée l’artiste libanais Ali Cherri en 2005 lors de la réalisation de sa première vidéo « Un Cercle autour du soleil ».

C’est en 1976 qu’il voit le jour à Beyrouth, tout juste un an après le début de la guerre avec laquelle il devra s’accommoder quinze ans durant. Dans cette ville devenue hostile, dangereuse il ne lui sera pas permis de s’y balader, de courir, de jouer. Jusqu’à son adolescence, Beyrouth lui sera quasiment interdite. C’est calfeutré dans sa chambre qu’il va dès lors se l’inventer, se la façonner à sa propre image.

Ville fantôme

« Un Cercle autour du soleil » dépeint durant quinze minutes une ville qui passe de l’obscurité de la nuit à la lumière du jour, une ville composée d’immeubles en ruine et dépourvue d’habitants. Cette ville fantôme c’est celle d’Ali Cherri, celle qu’il s’est inlassablement imaginé, celle avec qui son corps ne semble plus faire qu’un. Ce corps qu’il décrit « en ruine ». C’est avec pudeur qu’il semble nous livrer ses tourments à travers des images filmées en de longs plans verticaux glissant douloureusement du haut vers le bas, comme une forme de lente agonie. Sur ces images de ruines, témoins de la mémoire du désastre viennent se poser la voix d’Ali Cherri. Une voix belle et grave, puissante et fébrile racontant non pas son histoire, mais ses sensations d’alors, sensations libérées par la parole avec une férocité poétique. Des mots, ses maux qui résonnent avec violence  sans jamais tomber dans le pathos.

« Comment traduire l’expérience de la guerre quand les images sont tellement saturées qu’elles ne racontent plus rien ? » s’interroge Ali Cherri qui avoue avoir pu faire ce film quinze ans après la fin du conflit pour avoir le recul  nécessaire. «  Les média cherchent à nous dire “comment c’est vraiment“ mais la guerre est impossible à décrire »

Il faut, revoir,  voir et vivre pleinement « Un Cercle autour du soleil » pour réaliser la force d’inventivité de ce talentueux vidéaste qui cherche sans cesse à nous faire ressentir l’indescriptible. Regarder une œuvre d’Ali Cherri c’est prendre le risque sublime de vivre une expérience sensorielle inédite, celle de toucher du bout des doigts la beauté de l’âme de ce grand artiste.

Trailer: Un Cercle autour du soleil, Ali Cherri, 2005 – DV, Color, 15min, Stereo, English 

https://vimeo.com/6167015 5

Site d’Ali Cherri

https://www.alicherri.com

 

 

 

 

 

Farah Atassi: Génial peintre « moderne » du XXIè siècle

29 Mar

En solo show à la prestigieuse galerie « Michel Rein Bruxelles »,  la jeune peintre belge –  d’origine syrienne – surprend à travers des oeuvres détonantes et éblouissantes, en poussant toujours plus loin le souci d’une réflexion artistique en constante ébullition.

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 L’univers de Farah Atassi provoque une sorte de « familiarité inconnue ». Si il y a cette sensation troublante de « déjà-vu » c’est parce que la jeune peintre belge convoque sans complexe, de nombreuses références à l’histoire de l’art  moderne et à ses plus grands peintres . Face à ses œuvres, les connections à Picasso,  Léger, Matisse, Delaunay sont évidentes. L’histoire pourrait s’arrêter là. Une artiste qui s’inspire de ceux qui ont fait  l’art moderne. Mais le génie de Farah Atassi réside dans le fait qu’elle ne s’arrête justement pas là. En s’inspirant ouvertement du vocabulaire moderniste et du constructivisme russe, elle apporte à chaque nouvelle exposition une touche, une réflexion inédite. En 2011, c’est la découverte d’une théorie sur l’ornement comme point de départ de l’abstraction qui l’amène à insérer des formes folkloriques dans ses oeuvres, lui permettant ainsi de se « libérer d’un espace architectural devenu trop limité ». Trois ans plus tard, c’est la question cubiste qui l’intéresse et abandonne son travail sur la perspective illusionniste pour une recherche de surface plate.

Nous sommes en 2018. Que nous réserve cette fois la jeune étoile montante de sa génération ?

Le nu traité comme un objet

«  Je continue dans la même logique à explorer les grands sujets classiques de la peinture mais cette fois-ci avec une attention particulière au traitement du nu » avant de rajouter « j’avais vraiment envi de faire des figures et je me suis dis pourquoi m’en priver ? J’ai alors décidé de traiter ce sujet là comme les autres. Que je représente un visage ou un vase, il faut que ça soit la même chose. ». Pour mener à bien sa réflexion, elle s’intéresse de plus près à Picasso « qui avait une démarche totalement désacralisée et irrévérencieuse par rapport à la construction de la figure traitée comme un objet ». Après tout ne disait-il pas que « pour passer d’un objet à un sujet, il suffit de rajouter deux yeux et un nez » ? Pour Farah Atassi c’est justement cette frontière très mince entre l’objet et le sujet du nu qui l’intéresse. « C’est pour cette raison aussi que je me retrouve encore une fois dans la création des constructivistes car chez eux tout est traité au même niveau sans hiérarchie dans le sujet » avant de préciser qu’« en traitant mes nus comme des objets avec des formes géométriques et des lignes droites j’ai ce désir de représenter la figure humaine avec ces formes universelles ».

Musicalité picturale

A la nouveauté du nu, Farah Atassi nous régale avec l’apparition de la musique, thème très en vogue chez les peintres modernes. « J’ai longtemps travaillé sur la question de la vibration et de la circulation de la couleur, c’est donc très naturellement que je suis arrivée à la question musicale. Les instruments sont très agréables à peindre de par leur qualité graphique et répondent très bien à mes préoccupations chromatiques et compositionnelles. »

La couleur instinctive

Si l’artiste a souvent favorisé les couleurs primaires, elle casse ici ses habitudes en utilisant une gamme de couleur sans aucune limitation avec une préférence pour une palette  » arc-en-ciel ». Des couleurs vives, chaudes, contrastées et harmonieuses remplissent joyeusement des formes géométriques plus sérieuses. « Chez moi la couleur est une affaire instinctive. Je suis une peintre-coloriste et non une peintre-dessinatrice, c’est aussi pour cela que je peins au scotch. Mon inclinaison naturelle est bien plus proche de Matisse que de Picasso. »

Une exposition explosive et vibrante d’une grande Farah Atassi, muée en génial centaure artistique qui réussit un véritable tour de force en inventant une nouvelle forme d’art inédite. En bousculant avec malice les codes du passé, Farah Atassi nous projette dans un futur sensationnel et irrésistible. A ne rater sous aucun prétexte!

Farah Atassi, Solo Show, Michel Rein Bruxelles, jusqu’au 7 avril. michelrein.com

 

Alain Altinoglu : Entretien avec un chef d’orchestre humaniste et engagé

20 Fév
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Alain Altinoglu

A Bozar en ce dimanche matin du 4 février, la salle est comble et le public se prépare à écouter la suite symphonique de « Shéhérazade » (composée en 1888 par le russe Nikolaï Rimski-Korsakov ) sous la baguette de l’énergique chef d’orchestre Alain Altinoglu, directeur musical de La Monnaie depuis 2015.

Rires, gazouillements et quelques pleurs contrariés s’élèvent dans la salle quelques minutes avant le début du concert. Des enfants, beaucoup d’enfants! Plutôt inhabituel pour ce genre d’événement attirant un public plus « mature ». La raison ? Il s’agit d’un « Family Concert », un concept ingénueux où parents et chérubins viennent s’initier ensemble aux joies de la musique classique. Avec humour et simplicité, Alain Altinoglu s’adresse à un public tout ouïe en résumant l’histoire de Shéhérazade, expliquant le métier de chef d’orchestre et présentant chaque instrument de musique ( la partie la plus applaudie par les jeunes spectateurs extatiques de découvrir les cuivres ou par le son céleste de la harpe). Les musiciens furent longtemps applaudis et le public définitivement conquis. Un concept que l’on espère sincèrement se voir propager à plus grande échelle.

 

Artbruxelles est allé à la rencontre d’Alain Altinoglu

Les traits sont tirés, l’agenda est serré et pourtant Alain Altinoglu vous acceille chaleureusement avec un grand sourire. Au delà de l’homme affable qu’il est, on comprend immédiatement qu’il appartient à cette catégorie d’être humain, qui doté d’une veritable vocation, aspire à transmettre au plus grand nombre sa passion et à remettre la culture au centre de nos préoccupations.

Artbruxelles : Comment est né le projet de « Family Concert » ?

Alain Altinoglu : En arrivant il y a deux ans à la Monnaie je me suis rendu compte qu’il y avait quelques petits projets éducatifs mais sans grande ampleur et pour moi l’une de nos missions principales en tant que musicien est de transmettre la musique classique des plus jeunes au plus âgé. On doit réussir à toucher tous les publics et particulièrement les familles dont l’éducation ou la culture ne se trouvent pas dans ce genre musical. C’est primordial car ces jeunes sont peut-être notre public de demain ou nos futures musiciens et chanteurs.

Il y avait énormément de tout-petits ce dimanche lors du concert. Vous vous attendiez à ça ? Non et j’étais agréablement étonné ! C’était la première fois que l’on mettait en place un projet de ce genre du coup on ignorait l’âge des enfants présents. Ce qui prouve encore, qu’il y a énormément de possibilités et de choses à développer dans ce domaine pour provoquer la curiosité chez les tout-petits. C’est très important de commencer le plus tôt possible.

Comment fait-on pour les éveiller à la musique classique ? Petit à petit, c’est comme les haricots verts et les épinards ! Mais sans jamais les pousser ou les obliger.

Que leur faire écouter à la maison ? Pour les tout-petits, il faut privilégier des histoires telles que Pierre et Loup, Piccolo Saxo ou Casse-Noisette qui encouragent l’imagination de l’enfant. Pour les plus grands, une musique du vingtième siècle très rythmée comme le Sacre du printemps de Stravinsky ou des ballets hyper puissants comme ceux de Bartók, peuvent plus les attirer qu’une symphonie de Mozart à la consonance plus classique.

Ne devrait-il pas y avoir dès la petite enfance des cours de musique classique dans les écoles ? Mais absolument !

Alors pourquoi ce n’est pas le cas ? Selon moi c’est une affaire politique. Voyez certains pays comme l’Allemagne qui dès les années septante a orienté son système éducatif vers le sport et la culture en arrêtant l’école à midi, pour pouvoir consacrer les après-midis à ces activités para-scolaires. Mais pour moi, l’exemple le plus frappant se trouve au Venezuela qui à la même époque a vu « l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar » distribuer violons et flûtes à tous les enfants pour les sortir de la rue où sévissait la drogue et la violence. Aujourd’hui, ces enfants font partis des meilleurs musiciens au monde ainsi que les orchestres notamment dirigées par Gustavo Dudamel. Cette génération là a été sauvée d’une vie atroce grâce en partie à la musique classique.

Pourquoi ce n’est pas comme ça en France ou en Belgique ? Ce n’est pas juste que la France et la Belgique, cela concerne la majorité des pays malheureusement qui ne font pas de la musique classique une priorité. Et puis, il y a aussi un une idée sociologique très répandue que la musique classique est réservée à une élite et pour une classe sociale supérieure, ce qui n’est pas vrai! Il faut dédramatiser tout ça. Je suis persuadé que l’émotion ressentie pendant un concert est totalement indépendant de sa propre connaissance et de sa propre culture. On peut très bien aller voir une « Traviata » et pleurer à la fin sans connaître ou comprendre l’histoire.

Comment sensibiliser les jeunes qui ne viennent pas de ce milieu ? Il y a plusieurs possibilités : si les jeunes ne viennent pas à nous spontanément c’est à nous d’aller vers eux. J’insiste sur ce point, c’est à nous de nous rendre dans la Cité. J’ai des musiciens qui se rendent régulièrement dans les écoles pour montrer les instruments aux élèves et qui organisent de petits concerts à leur attention. Il y aussi les concerts en pleins airs qui marchent bien ainsi que nos partenariats avec les écoles primaires auxquels je tiens beaucoup.

« Shéhérazade », Family Concert, Palais des Beaux-Arts, 4 février 2018, 11h, www.bozar.be

A lire en famille le génial et ludique « Maestro, à vous de jouer !» d’Alain Altinoglu, Editions Actes Sud junior, 2014

 

 

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