A Bozar: En transe avec Charlemagne Palestine

17 Mai

CharPalest 0153

L’association de son prénom à son nom est aussi improbable que son univers artistique. Il s’agit de Charlemagne Palestine, immense artiste qui a investi la salle Horta de Bozar de centaines de peluches, tissus, dessins, photos, papiers mâchés, de vidéos et d’installations sonores pour une exposition solo apocalyptique et renversante.

Charlemagne Palestine le sonoriste

 Si l’on assiste à un concert- performance de cet artiste new-yorkais de septante ans en ignorant tout de lui et de son travail on pourrait les premières minutes croire à une vaste blague. L’homme au look extravagant est assis à son piano recouvert, plutôt dégueulant, de peluches de toutes les couleurs semblant être tout droit sorti d’un film de science fiction dans lequel les nounours seraient devenus les maîtres du monde.

A l’aide de ses  index l’homme appuie sur deux notes qu’il répète à l’infini. Vous pensez à ce moment précis que l’on se moque de vous. Attendez, attendez encore. Car aussi bête que cela semble, le rythme, l’alternance et la répétition en continu de ces notes se métamorphosent en une musique à la résonance aussi sublime que mystique. Emportées par l’écho des lieux, les notes s’élèvent divines, éthérées, libérées de toute convention académique dans un crescendo sans fin. Vous êtes dans un état de transe. Le son devient hypnotique, psychédélique, l’homme n’est plus une blague, il est un chaman, un magicien qui convoque l’inconnu. Charlemagne Palestine est un génie. Un avant-gardiste. Un musicien génial. Non pardon, il n’est pas musicien il se qualifie de « sonoriste » ou de «  sculpteur de son ». En alternant sur un rythme plus au moins rapide des notes individuelles, il développe la technique du « pianotage », créant une réverbération étourdissante et tout à fait hallucinante du son. Sûrement l’influence de son expérience de jeunesse quand il était… carillonneur!

(vidéo: Concert https://www.youtube.com/watch?v=WN7ghZVZTr0)

Charlemagne Palestine, Strumming Music at the Centre for Fine Arts, Brussels, 1974

Considéré comme l’une des pionniers de la musique minimaliste – un courant apparu dans les années soixante aux Etats-Unis désignant plus spécifiquement l’ensemble des œuvres utilisant la répétition comme technique de composition-, Charlemagne Palestine réfute cette étiquette qu’on lui a longtemps collé à la peau. Minimaliste lui ? Jamais de la vie ! Charlemagne Palestine se considère au contraire « maximaliste ». Rien d’étonnant finalement quand l’on découvre l’univers pléthorique et luxuriante de ses installations.

Charlemagne Palestine le plasticien

Sculptures, peintures, installations visuelles et sonores, films et surtout des centaines de peluches constituent le «  Sschmmettrrettrroossppecctivve » de Charlemagne Palestine qui n’aime pas le terme de rétrospective, qualifiant selon lui le travail d’un artiste en fin de parcours. Car malgré ses septante printemps l’artiste reste le jeune homme avant-gardiste qu’il a toujours été. Cet intitulé donc ( un mélange avec le yiddish) il avoue ne pas vraiment savoir ce que cela signifie, pas vraiment surprenantquand on sait l’autodérision qui l’anime. A la conférence de presse, il refusera le côté trop officiel du pupitre à micro pour venir s’asseoir ( dans son fauteuil en moumoute !) auprès des journalistes.

En pénétrant dans la salle Horta l’exposition grandiose, divinement curatée par Alberta Sessa, est à couper le souffle. L’abondance, la profusion de peluches grimpant aux murs, aux piliers, au plafond, au sol fait penser à une jungle amazonienne sortie tout droit d’un rêve d’enfant. Au centre de la salle  les fameux pianos recouverts de ses peluches fétiches qui l’accompagnent dans ses performances depuis près de cinquante ans . Ces petits êtres ( car l’homme est profondément animiste) qu’il a « sauvés » recueillis » – souvent de magasins en liquidations)-, « ce sont des orphelins qu’{il} a adoptés ».

Y’aurait-il une nostalgie de l’enfance dans cette obsession du « Teddy Bear » ? N’avait-il pas comme la légende le raconte aucun jouet  ? Trop simpliste s’insugera-t –il. « Je me considère comme un cousin de ses peluches car la premiere peluche du président Théodore ( dit Teddy) Roosevelt fut fabriquée en 1902 par un couple juif qui vivait à Brooklyn dans le même quartier que moi ». Ainsi la relation de Charlemagne Palestine à ces peluches relèvent plus dit-il « du lien familial qu’à celui de l’enfance ». Un attachement à ses parents évident que l’on voit aussi dans la profusion de tissus qui décorent les piliers des différentes salles, en hommage au métier de ses parents travaillant dans le textile.

« Aa Sschmmettrrettrroossppecctivve  » est une expérience – visuelle et sonore- totale d’un artiste qui se veut lui même total et qui s’amuse à créer un univers proche du rituel cérémonial dans lequel la peluche en est la vedette principale. Profondément extatique.

 

Charlemage Palestine « Aa Sschmmettrrettrroossppecctivve  » , Palais de Beaux-Arts, Bruxelles, rue ravenstein 23, 1000 Bruxelles, du 18 mai au 28 août 2018. www.bozar.be 

 

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