Aurélie Gravas: L’amour de la peinture à l’infini

11 Mai

Aurélie Gravas expose en ce moment « Inner Landscape » sa nouvelle et très belle exposition liégeoise à la Comète. Rencontre avec une jeune peintre prometteuse aussi solaire et lumineuse que ses toiles.

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One hundred year old egg, Courtesy of the artist

En arrivant en Belgique en 2004,  la peintre française travaille pendant plusieurs années dans son atelier sans trop se mêler à la vie culturelle environnante. A l’instar d’un laboratoire de recherches, elle y explore d’ innombrables possibilités en s’interrogeant sur la définition de la peinture. « Bien que j’aime réfléchir à la peinture mon travail reste impulsif car j’ai un goût pour le geste, la matière et la couleur ».

Du merveilleux vide contemplatif…

En 2012 le Botanique lui consacre une exposition qui dévoile de nombreux tableaux avec en commun le style figuratif et l’emploi de sujets classiques « C’est plus pratique pour moi de partir d’un sujet traditionnel comme un objet ou un paysage par exemple, je peux me les approprier sans avoir à inventer un monde particulier. Pour moi c’est la matière qui invente et non le sujet . A cette époque, la jeune artiste questionne la surface picturale et plus particulièrement sur ce qui est visible et invisible. Elle utilise des sujets « contenant » tels que l’œuf, la façade, l’atelier d’artistes. «  J’avais comme ça tout un registre de formes qui me permettait de traiter la surface tout en ouvrant un champ de compréhension qui serait à l’extérieur du tableau ». Impossible de ne pas tomber en amour devant les sublimes et énigmatiques tableaux hyper figuratifs «  One hundred year old egg » «  Power » et «  L’atelier de Peter ». Trois grands formats peints à l’huile diluée dégageant une profonde solitude teintée de mélancolie mystique. «  J’utilise le figuratif pour parler de tout à fait autre chose. Ma pensée est abstraite mais ma démonstration est figurative ».

 

… à l’agitation vibrante et foisonnante

A partir de 2015,  la jeune artiste délaisse la peinture au profit du papier et du dessin. «  Je trouvais que la peinture m’obligeait à être dans la fabrication de la matière et j’avais envie d’être dans une immédiateté du geste que le papier m’autorisait ». Elle découpe d’abord ses dessins qu’elle aimante ensuite sur des plaques en métal noir. A cette nouvelle production elle ajoute même des parties extraites de certaines toiles existantes.  C’est le début de sa  » période cut » qui tranche avec son travail précédent. En déplaçant les morceaux de papier sur la plaque, la jeune femme  prend conscience des nombreuses possibilités de compositions qui s’offrent à elle grâce à ce nouveau médium.

studio-with-roses

Les compositions imposantes, magistrales nous obligent à s’attarder tant les grilles de lectures et de perceptions sont différentes. Notre oeil ne sait où se poser, notre corps ne peut rester immobile car devant les tableaux d’Aurélie Gravras une chose est certaine… on a la bougeotte! Tout est explosion harmonieuse. Les couleurs chatoyantes se déploient (  rose, bleu, ocre)et s’équilibrent avec le noir et blanc du fusain  « qui calme le regard ». L’emploi de l’aimant assure une nouvelle profondeur à l’oeuvre avec ses papiers qui se tordent, qui se courbent le tout créant des ombres. Les nombreux matériaux utilisés ( craie sèche et grasse, fusain, spray point, l’huile) contribuent à donner de la profondeur au tableau et à provoquer une vibration foisonnante.  » J’aime faire cohabiter une espèce de brutalité du geste avec quelque chose de plus doux ».  Et tous ces éléments: pied, bouche, seins, fleur, nuage, guitare, yeux, décousus, déconstruits dans une parfaite construction  chacun semblant avoir une vie propre à lui-même.  » Cette espèce de foisonnement c’est pour ne jamais rien réduire à une chose fixe. Il y a ici une foisonnement de vie et de possibilité d’infini. J’aime rendre chaque élément autonome. Ils vivent chacun leur vie mais ensemble ils forment une société où tout est possible »

Alors que son travail de 2012 nous plongeait avec délectation dans une profonde contemplation, Aurélie Gravas semble à présent (consciemment ou pas!) interagir avec le regardeur. Elle nous fait participer, elle nous fait travailler car ici les références à l’histoire de l’art se bousculent dans notre tête, références assumées avec joie par la jeune peintre amoureuse de la peinture et de ses génies. Bien sûr on y voit Picasso, Braque, Matisse, Brusselmans,  Léger et tant d’autres de ce merveilleux et bouillonnant vingtième siècle!  Aurélie Gravas appartient à cette génération qui reformule, réinvente les grands mouvements artistiques avec beaucoup d’intelligence puisqu’elle nous propose son univers si singulier si poétique.  Elle nous montre qu’il reste encore tout un champ de possibilités à explorer, à renouveler. Les travaux d’Aurélie Gravas sonnent comme une déclaration d’amour à la Peinture et à la promesse d’une création jamais figée, toujours re-inventable à  l’infini. Une artiste coup de coeur à suivre de très près.

 

« Inner Landscape » d’Aurélie Gravas, La Comète, Liège, jusqu’au 12 mai.

A ne pas manquer lors du finissage du 12 mai le concert à 17h d’Aurélie Gravas accompagnée par Luc Van Lieshout (trompette) et Louis Evrard (batterie)

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